jeudi 25 mars 2010

L'Ambiguïté des organes


Les premiers musées sont toujours des cimetières dont l'épaisseur ne dépasse pas un frémissement.

J'ai digéré les caresses des cyprès dans l'onde festoyante d'une lune carnivore.

Flottement–frottement, les eaux sur la peau, les oreilles en éventail, au son feutré des douze demeures de mes premiers nuages.

Souffrir à la beauté du monde, les genoux en avant, le poids des étoiles sur le sommet du crâne—en guise de bouchon.

Jongler avec le cri des solstices au travers des tentacules .

Les faux départs se répètent, des rictus de fantômes affamés,

vampires édentés, le mauvais pied dans la bonne chaussure,

la monotonie des poutres dans le ciel de plâtre.

Émergent les bras de quelques noyés croyant encore à la respiration artificielle.

L'herbe pleure sa chlorophylle.

Le supplice de la pointe des pieds ne réjouit pas les champignons.

Des titres trop gras rebondissent sans tâche à l'intérieur de ma tête.

Le service de ramassage des noctambules,

les ébats des grenouilles exhumées au carillon des derviches brouteurs,

séance d'essayage de chapeaux hallucinogènes,

de quoi en perdre la bête.

Candidats à l'aspiration, avalez vos clavicules.

Rien ne sert d'invoquer l'épinette, les glottes ont été débranchées.

Ouvrez grand vos orteils.

Les petits trous dévoreront les grands.

Trois heures de marche jusqu'au nombril.

Céder n'est pas suffisant, encore faut-il dévorer.

Dormir dans un bourdonnement de lumière métallique.

Préserver le profil du talon, l'immonde nécessité des notes viscérales,

sombre vertu.

On accorde trop d'importance à la pesanteur.

Mon corps est petit et à l'envers. J'y ai appris à ramer sans fumer.

Les paupières tirées vers le haut comme une araignée écartelée.

Les draps sont tellement noués que je ne m'étais pas reconnu.

Je ne savais pas à quelle profondeur je marchais, avant qu'un lombric ne vienne me taper sur l'épaule.

haut la main

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lundi 15 mars 2010

Ecrase !

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René Daumal

NAUFRAGE DE NUIT


Le velours sans fond du dernier soleil
aspire les éclats mourants des yeux
qui tournent de lourde ivresse.
Les derniers rideaux du sommeil
ondulent au bruit sourd des coups du sang
dans les membres creux des statues.
Une lie lumineuse en flaques
coule dans le tumulte désespéré
des voix qui se veulent éternelles.
Le jeu sans fin des trappes et des rideaux
où le rêve se complique
d'anguilles, de mollusques,
et d'idoles aux bras innombrables,
dissipe en brouillard les regards
qui s'essaient à vivre,
les cadavres d'espoir à la dérive
réclament l'éternelle naissance
d'un perpétuel meurtrier.

extrait de "Le Contre-Ciel (premier état) 1936