mercredi 18 novembre 2009

samedi 7 novembre 2009

La ligue des droits de l'ombre


Je suis la colombe noire.
Tripaillé entre l'arrière goût du métal et la soif de caresses vaudou.
Assommé par l'envers des équinoxes souterraines, lauréat de la course vers l'origine des pleurs.
Un pied dans chaque tombe, sous la lourde paupière d'un soleil asphyxié.
J'ai été mon prédateur, me voilà désormais ma proie.

Les corps nus ont cessé d'égrener les dixièmes de secondes.
le sourire de mes pieds illumine l'austère cheminement de ma défunte flamme.
Entomologie domestique. Nécrose tourbillonnante.
Le reflux sauvage du tiroir caisse, le gouffre des tentations ouvert au déluge des horreurs modernes, le cœur dans les intestins, à la vitesse du sacrifice.
Soudure instantanée de l'avant-dernière cicatrice.
Les dernières couches d'ozone ont ramé désespoir.

Cette putain d'enveloppe qui bétonne l'arrière des regards.
Chimères de papier sur l'autel des pires sourires.
Montez le son des havres invisibles, le bruit des paupières dans le cristal poussiéreux.
La raison du plus mort est toujours la meilleure.
Fragmentation. Écartèlement. Boursouflure.
Me voici enfer et en os, surgissant des oubliettes mouvantes.
Tantôt noyé au fond du volcan, tantôt écrasé au sommet des humeurs de plomb.
Toujours ailleurs même au milieu de nulle part.

J'imite le cri du cadavre prometteur de braises. Aussi rouge qu'une digestion nocturne.
Écrémer la nuit, filtrer les courants d'air, embrasser l'épaisseur des nuages dans le froissement des ailes d'un corbeau éclopé. Courtiser la lune pour décocher des étoiles chaotiques.
Renier les cendres avalées. Épouvantail masqué, je pense donc je fuis.
Scories des lumières noires de mon autre souffle.

Je suis transparent au point qu'on croyait m'avoir vu alors que je n'étais pas là.
Voyez mon rictus rectal!
A quoi bon avaler mes tentacules.
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lundi 26 octobre 2009

Tommy TRANTINO (suite)

Né en 1938 à New York, Tommy Trantino quitte l'école et sa famille à 14 ans, erre, vit dans la rue et devient héroïnomane. A 17 ans, condamné pour vol, il est enfermé pour cinq années dans la très dure prison de Comstock. Il en sort "gangster alcoolique" et animal psychotique". Le 28 février 1964, il est accusé d'avoir assassiné deux policiers à l'Angel, un bar du New Jersey. Condamné à mort, incapable de se souvenir des faits, sa peine est commuée en réclusion à perpétuité en 1972. Suivront 39 années d'incarcération dont huit passées dans le couloir de la mort en attente de son exécution. C'est là, entre 1970 et 1972, qu'il compose Lock the Lock, livre étrange, multiple, magnifique.
Libéré sur parole en 2002, Tommy vit à Camden (New Jersey)en "révolutionnaire pacifique", sans drogue ni alcool.




Tommy Trantino in "Le Miracle Tatoué n°7" en ligne sur myspace.com/altorsaevertebris

Le couloir de la mort

dimanche 25 octobre 2009




"Ils peuvent me tuer mais ils ne peuvent pas me faire mourir
leur tourbillon dément et absurde ne peut pas me tuer quoi qu'il arrive
de quelque manière que ce soit il n'y parviendra pas parce que je choisis
je choisis de vivre sang tumultueux qui bouillonne brasier en furie et rien
à foutre je choisis je ne suis pas une marionnette accrochée au fil d'un
destin inepte qui m'anéantira comme il détruit tous ceux qui laissent faire
JAMAIS JE NE LAISSERAI FAIRE PARCE QUE JE CHOISIS"


extrait de Lock the lock récit illustré paru chez 13E note éditions.



jeudi 22 octobre 2009

mercredi 14 octobre 2009

A l'ombre de mes yeux

L'anatomie des rayons de sommeil, le temps de calcul de l'agonie des lustres,les bruits de la nuit sont de minuscules écorchures indolores, des tatouages de l'ombre,les caresses de la pesanteur sur mes paupières. J'ai perdu ma course contre la brèche.

Les fantômes désertent mes labyrinthes, espaces menacés par la poussière des pupilles. Entre le chant des cygnes et celui des sirènes, je suis décompositeur. Mes yeux fermés sourient à l'envers. Je rêve à pleines dents.

Des nénuphars électriques hurlent des tombereaux de doigts tordus, les papillons noirs disparaissent aussitôt que je les regardent, les taupes se noient dans le désespoir des racines, la topographie de mon crâne se précise. Fureur d'accords et de cris, le temps des vertèbres élastiques est achevé.

La langue souterraine de la démangeaison, venin au crépuscule, vague scélérate le matin, otage des bruits de saison entre les deux. J'ai épuisé tous mes cadavres, craché mes dernières étincelles. L'avenir ne m'effraie pas plus que l'absence d'avenir, toutes les couleurs mécaniques de la perdition au chevet de mes envies perdues. Aucun platane ne m'adresse plus la parole.

La dégénérescence de la prose ondulatoire, pulpeuse à vingt pour cent, féérie virtuelle à durée limitée, le retour des queues de poisson. La folie est unanime, aussi rouge qu'une nuit noire, le vertige des sens inédits. Brûler les bucherons ou étouffer les oreillers, quitter le théâtre granuleux des pixels, revenir en corps synthétique, l'épineuse libération des spores au son des écorces molles.

Il faudra enjamber reptiles et cloportes, vomir les chimères brûlantes et amères. Attendre les rafales de sang aussi nu qu'une ampoule. Silence caverneux, encore un nid d'asticot. Simples d'esprits, brillez pour nous.


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mercredi 7 octobre 2009

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Certains anthropologues pensent qu'au début nos ancêtres évoluaient dans un univers magique, animé de toutes sortes d'esprits. L'univers était illuminé pendant le jour par l'esprit Soleil et pendant la nuit par l'esprit Lune. L'esprit Terre manifestait sa présence par l'éruption des volcans. La branche d'un arbre qui casse, le tonnerre qui gronde, l'arc-en-ciel multicolore qui apparait, la rivière qui monte, la pluie qui tombe: chacun de ces évènement était la manifestation d'un esprit. Le monde des esprits était familier et à la mesure de l'homme. Celui-ci interagissait avec les esprits en les cajolant, en les grondant ou en marchandant avec eux. Ainsi l'esprit pierre qui fait trébucher l'enfant est l'objet d'une réprimande, alors que des remerciements sont adressés à l'arbre qui donne ses fruits. Les mêmes règles de vie en société régissaient le monde des esprits et celui des hommes. Mais avec l'accumulation des connaissances vint la prise de conscience que la complexité et l'organisation de l'univers ne pouvaient être gérés par des esprits semblables aux hommes, mais que les premiers devaient disposer d'un pouvoir surhumain. La spontanéité des relations entre hommes et esprits disparut. La communication se fit désormais par l'intermédiaire d'individus spécifiques et privilégiés, les prêtres. Les cajoleries et les réprimandes laissèrent place à des offrandes et à des sacrifices. Prières et invocations remplacèrent le dialogue direct pour assurer le ravitaillement en vivres. L'élément mythique des dieux fit son apparition. L'univers magique se mua peu à peu, étape par étape, en un univers magico-mythique. Le totemisme, fondé sur le choix d'un animal, d'une plante ou d'un objet comme protecteur d'un groupe social ou clan vis-à-vis d'autres groupes d'une même société, apparut aussi. Pour chasser et tuer, il fallait demander l'autorisation non plus au gibier lui-même, comme auparavant, mais à l'esprit collectif représentant l'espèce tout entière. Avec le temps, les esprits s'éloignèrent de plus en plus de la nature et acquirent de plus en plus de pouvoirs. Ils se transformèrent en dieux, et l'univers magico-mythique bascula vers l'univers mythique. L'aspect magique tendit à disparaitre. Les dieux se firent distants, cosmiques. Distants parce qu'ils n'habitaient plus l'arbre, la rivière ou la pierre, mais des contrées situées bien au-delà de la Terre; cosmiques parce que tout, dans le cosmos, dépendit de leur action. L'alliance entre l'homme et la nature fut rompue. L'homme se mit à adorer les dieux de l'univers mythique, mais il perdit le contact intime et familier avec son environnement. Les arbres abattus ne soufraient plus. Il n'était plus nécessaire de demander l'autorisation à l'esprit des forêts avant d'entrer dans les bois, ou à l'esprit du sanglier avant de commencer sa chasse. Tout s'accomplissait maintenant avec la permission des dieux. La nature devint vide de vie. On pouvait impunément la maltraiter – donner un coup de pied à une pierre, couper un arbre - puisque les dieux n'y résidaient plus. Le sens du respect et de la vénération de la nature fut ainsi perdu. Cette indifférence à la nature s'étendit aux animaux et même aux autres êtres humains. Dans l'univers mythique, on ne se soucia plus de la souffrance des autres créatures vivantes. Quant aux sociétés qui adoraient d'autres dieux, on dénia à leurs membres le statut d'homme, et on les massacra ou asservit. Face aux société de l'univers mythique, celles qui se raccrochaient désespérément à l'univers magique n'avaient aucune chance: elles étaient détruites ou assimilées.


Trinh Xuan Thuan (extrait de "Origines")

samedi 26 septembre 2009

lundi 14 septembre 2009

« La lutte n'est pas contre des choses matérielles, elle est entre ceux qui veulent arriver et ceux qui ont à s'occuper d'autres choses importantes ». W. B. Yeats


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