lundi 26 octobre 2009
Né en 1938 à New York, Tommy Trantino quitte l'école et sa famille à 14 ans, erre, vit dans la rue et devient héroïnomane. A 17 ans, condamné pour vol, il est enfermé pour cinq années dans la très dure prison de Comstock. Il en sort "gangster alcoolique" et animal psychotique". Le 28 février 1964, il est accusé d'avoir assassiné deux policiers à l'Angel, un bar du New Jersey. Condamné à mort, incapable de se souvenir des faits, sa peine est commuée en réclusion à perpétuité en 1972. Suivront 39 années d'incarcération dont huit passées dans le couloir de la mort en attente de son exécution. C'est là, entre 1970 et 1972, qu'il compose Lock the Lock, livre étrange, multiple, magnifique.
Libéré sur parole en 2002, Tommy vit à Camden (New Jersey)en "révolutionnaire pacifique", sans drogue ni alcool.
Tommy Trantino in "Le Miracle Tatoué n°7" en ligne sur myspace.com/altorsaevertebris
Le couloir de la mort
dimanche 25 octobre 2009

"Ils peuvent me tuer mais ils ne peuvent pas me faire mourir
leur tourbillon dément et absurde ne peut pas me tuer quoi qu'il arrive
de quelque manière que ce soit il n'y parviendra pas parce que je choisis
je choisis de vivre sang tumultueux qui bouillonne brasier en furie et rien
à foutre je choisis je ne suis pas une marionnette accrochée au fil d'un
destin inepte qui m'anéantira comme il détruit tous ceux qui laissent faire
JAMAIS JE NE LAISSERAI FAIRE PARCE QUE JE CHOISIS"
extrait de Lock the lock récit illustré paru chez 13E note éditions.
jeudi 22 octobre 2009
mercredi 14 octobre 2009
A l'ombre de mes yeux
L'anatomie des rayons de sommeil, le temps de calcul de l'agonie des lustres,les bruits de la nuit sont de minuscules écorchures indolores, des tatouages de l'ombre,les caresses de la pesanteur sur mes paupières. J'ai perdu ma course contre la brèche.
Les fantômes désertent mes labyrinthes, espaces menacés par la poussière des pupilles. Entre le chant des cygnes et celui des sirènes, je suis décompositeur. Mes yeux fermés sourient à l'envers. Je rêve à pleines dents.
Des nénuphars électriques hurlent des tombereaux de doigts tordus, les papillons noirs disparaissent aussitôt que je les regardent, les taupes se noient dans le désespoir des racines, la topographie de mon crâne se précise. Fureur d'accords et de cris, le temps des vertèbres élastiques est achevé.
La langue souterraine de la démangeaison, venin au crépuscule, vague scélérate le matin, otage des bruits de saison entre les deux. J'ai épuisé tous mes cadavres, craché mes dernières étincelles. L'avenir ne m'effraie pas plus que l'absence d'avenir, toutes les couleurs mécaniques de la perdition au chevet de mes envies perdues. Aucun platane ne m'adresse plus la parole.
La dégénérescence de la prose ondulatoire, pulpeuse à vingt pour cent, féérie virtuelle à durée limitée, le retour des queues de poisson. La folie est unanime, aussi rouge qu'une nuit noire, le vertige des sens inédits. Brûler les bucherons ou étouffer les oreillers, quitter le théâtre granuleux des pixels, revenir en corps synthétique, l'épineuse libération des spores au son des écorces molles.
Il faudra enjamber reptiles et cloportes, vomir les chimères brûlantes et amères. Attendre les rafales de sang aussi nu qu'une ampoule. Silence caverneux, encore un nid d'asticot. Simples d'esprits, brillez pour nous.
mercredi 7 octobre 2009

Certains anthropologues pensent qu'au début nos ancêtres évoluaient dans un univers magique, animé de toutes sortes d'esprits. L'univers était illuminé pendant le jour par l'esprit Soleil et pendant la nuit par l'esprit Lune. L'esprit Terre manifestait sa présence par l'éruption des volcans. La branche d'un arbre qui casse, le tonnerre qui gronde, l'arc-en-ciel multicolore qui apparait, la rivière qui monte, la pluie qui tombe: chacun de ces évènement était la manifestation d'un esprit. Le monde des esprits était familier et à la mesure de l'homme. Celui-ci interagissait avec les esprits en les cajolant, en les grondant ou en marchandant avec eux. Ainsi l'esprit pierre qui fait trébucher l'enfant est l'objet d'une réprimande, alors que des remerciements sont adressés à l'arbre qui donne ses fruits. Les mêmes règles de vie en société régissaient le monde des esprits et celui des hommes. Mais avec l'accumulation des connaissances vint la prise de conscience que la complexité et l'organisation de l'univers ne pouvaient être gérés par des esprits semblables aux hommes, mais que les premiers devaient disposer d'un pouvoir surhumain. La spontanéité des relations entre hommes et esprits disparut. La communication se fit désormais par l'intermédiaire d'individus spécifiques et privilégiés, les prêtres. Les cajoleries et les réprimandes laissèrent place à des offrandes et à des sacrifices. Prières et invocations remplacèrent le dialogue direct pour assurer le ravitaillement en vivres. L'élément mythique des dieux fit son apparition. L'univers magique se mua peu à peu, étape par étape, en un univers magico-mythique. Le totemisme, fondé sur le choix d'un animal, d'une plante ou d'un objet comme protecteur d'un groupe social ou clan vis-à-vis d'autres groupes d'une même société, apparut aussi. Pour chasser et tuer, il fallait demander l'autorisation non plus au gibier lui-même, comme auparavant, mais à l'esprit collectif représentant l'espèce tout entière. Avec le temps, les esprits s'éloignèrent de plus en plus de la nature et acquirent de plus en plus de pouvoirs. Ils se transformèrent en dieux, et l'univers magico-mythique bascula vers l'univers mythique. L'aspect magique tendit à disparaitre. Les dieux se firent distants, cosmiques. Distants parce qu'ils n'habitaient plus l'arbre, la rivière ou la pierre, mais des contrées situées bien au-delà de la Terre; cosmiques parce que tout, dans le cosmos, dépendit de leur action. L'alliance entre l'homme et la nature fut rompue. L'homme se mit à adorer les dieux de l'univers mythique, mais il perdit le contact intime et familier avec son environnement. Les arbres abattus ne soufraient plus. Il n'était plus nécessaire de demander l'autorisation à l'esprit des forêts avant d'entrer dans les bois, ou à l'esprit du sanglier avant de commencer sa chasse. Tout s'accomplissait maintenant avec la permission des dieux. La nature devint vide de vie. On pouvait impunément la maltraiter – donner un coup de pied à une pierre, couper un arbre - puisque les dieux n'y résidaient plus. Le sens du respect et de la vénération de la nature fut ainsi perdu. Cette indifférence à la nature s'étendit aux animaux et même aux autres êtres humains. Dans l'univers mythique, on ne se soucia plus de la souffrance des autres créatures vivantes. Quant aux sociétés qui adoraient d'autres dieux, on dénia à leurs membres le statut d'homme, et on les massacra ou asservit. Face aux société de l'univers mythique, celles qui se raccrochaient désespérément à l'univers magique n'avaient aucune chance: elles étaient détruites ou assimilées.
Trinh Xuan Thuan (extrait de "Origines")


